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Une vie de Covid sans fin- Annabelle Georges

Encore quelques jours et ça va passer. (Extrait)

Annabelle Georges, 37 ans est à J+357 de sa première contamination de la Covid19. 11 mois et ce n’est pas la fin.

Le 20 mars 2020, début des premiers symptômes. Elle ne s’inquiète pas outre mesure. Juste une grande fatigue, des migraines atroces et des frissons. J+3… Elle va de mal en pis. Gorge et cage thoracique qui brûlent, problèmes intestinaux, oesophage encombré de glaires. La Covid19 serait semble-il juste qu’une grippette.

Ça va passer d’ici 3/4 jours Madame. (Extrait)

Seulement, son système immunitaire s’affaiblit de jour en jour. Cerveau affecté, pertes de mémoire, mots employés à la place d’autres. Tout se bouscule dans sa tête et son corps. L’impression de mourir la tenaille, mais elle se raccroche au corps médical pour comprendre ce qui lui arrive.

Après de multiples rendez-vous chez des médecins, toujours la même réponse. Tout se passe dans sa tête, elle somatise. Pourtant, Annabelle est incapable de faire les gestes anodins de la vie quotidienne comme se laver, marcher, s’habiller. Son corps n’est qu’une plaie béante face à ce mal qui la ronge et met à mal son système immunitaire.

Pourtant malgré son combat contre elle-même, elle ne perd pas son sens de l’humour, même s’il est plein de sarcasmes. Ce n’est rien, en un an elle s’est juste délestée de 16 kg. Pour elle, la Covid est comparable au calendrier de l’Avent, à chaque jour son nouveau symptôme ou pas…

Ce qui est pervers avec cette maladie, c’est qu’elle fluctue chaque jour.
C’est un peu comme en décembre avec le calendrier de l’Avent. Chaque matin, tu découvres le cadeau du jour. (Extrait)

Ses amis et collègues ne s’enquièrent pas de ses nouvelles. Hormis ses parents, personne ne se rend compte de la réalité de son calvaire. Elle se sent abandonnée de tous, rejetée comme une pestiférée.

Grâce aux réseaux sociaux, elle s’aperçoit qu’elle n’est pas un cas isolé et découvre l’existence d’une immunologue dans le sud de la France qui traite les Covid longs. Ne supportant que la position allongée, elle utilise son temps à se documenter sur les avancées médicales, rédige des articles sur son expérience, répertorie elle-même tous ses symptômes jour après jour, prendre des photos et constitue son propre dossier médical. Elle essaie de voir plus loin que les informations délayées par le petit écran.

La rencontre avec le Docteur V va tout changer. Non, elle n’est pas dépressive, elle subit un désordre immunitaire post viral. Depuis sa première contamination, les examens, les analyses, les rechutes, les légers mieux, les allers retours incessants à l’hôpital rythment la vie d’Annabelle. Pourtant, grande sportive, elle connaissait son corps mieux que personne jusqu’à ce que cet animal de Covid s’y invite.

Quand tu as eu la Covid et que tu es Covid Long, tu as un packaging qui englobe un peu de tout (…) Tu as toujours soif, la peau fripée, 37 ans mais 90 ans physiquement intérieurement et extérieurement. (extrait)

Qu’en est- il des textes législatifs ? On commence tout juste à se questionner sur la reconnaissance de la Covid long en affection longue durée. On nous abreuve d’informations souvent discordantes sur un virus qui ne toucherait que les personnes avec comorbidités. Il n’en est rien. Des patients plus jeunes, pourtant en bonne santé, se sentent impuissants face à cette contagion. Le combat d’Annabelle George est loin d’être terminé tout comme sa maladie. Alors somatisation, dépression ? Lisez son témoignage et vous verrez qu’il n’en est rien.

Annabelle ne veut pas qu’on compatisse avec sa maladie seulement qu’on l’écoute et surtout qu’on l’entende. Elle se bat chaque jour pour que les oubliés de la pandémie ne soient pas assommés à coup d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. Qu’on les laisse s’exprimer sur la dangerosité d’un mal que personne ne maîtrise et ne comprend.

Peut-être, je l’espère du fond du cœur, que la lecture de ce livre éveillera les consciences et fera tout du moins réfléchir sur le fait que notre vie peut basculer d’un jour à l’autre, passer d’un rêve à un cauchemar qui dure, perdure et dont on ne voit jamais la fin.

Au moment où je termine ma chronique, Annabelle a perdu 20 kilos et est à cinq hospitalisations pour traitement lourds. Ce n’est que le début ou la continuité d’une longue série à venir. Retour à l’hôpital prévu en mai et juin. Pour l’instant, son combat est mis sur pause le temps de retrouver la force de continuer…La Covid19, une simple grippe ?

4 Comment

  1. Dire qu’on empêche les gens de se soigner convenablement. Force à Anabelle !

    Une nouvelle chronique solennelle, j’apprécie cette ligne, en effet je pense que les livres sont un vecteur à notre enrichissement dans le monde du réel.

    1. Un grand courage et beaucoup d’abnégation d’une jeune auteure qui puise sa force dans ses maux pour trouver les mots traduisant son combat qui ne fait que commencer !!

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