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La poupée qui brillait dans le noir – Christophe Fourrier

« Que font les doudous, les peluches en attendant le retour des enfants à la maison ? Eh bien ils parlent entre eux » (extrait) 

Ours, Hippo, Lapinou, Bibi et Hérisson se retrouvent dans la chambre de Léonie autour de la vieille poupée lumineuse Jeanne. Elle leur raconte l’histoire de Clara, la cousine de la maman de Léonie.

La petite fille qui ne dormait que dans l’obscurité s’est mise subitement à avoir peur du noir. C’est ainsi que Jeanne est arrivée. Unique témoin de son intimité, la poupée est devenue sa confidente. Elle la rassure, l’apaise.

Seulement, Clara ne veut plus jouer et se met souvent en colère. Quand elle revient des week-ends passés chez son père, elle se mure dans son silence, comme si elle avait perdu la parole, comme si sa bouche s’était effacée de son visage. Elle cache un terrible secret et ça Jeanne l’a bien compris. A 3 ans, la petite fille victime d’inceste, subit les agressions sexuelles de son père.

Christophe Fourier élabore une approche intéressante en faisant parler des doudous et des peluches. Parce qu’ils jouent un rôle bien réel dans son univers affectif, ils permettent à l’enfant de ne plus se sentir seul. Subtilement, il explique l’inceste avec des mots simples à hauteur d’enfant et lui fait comprendre que si quelque chose ne lui convient pas, il doit pouvoir en parler ou du moins l’exprimer.

(…) parce qu’il faut en parler, ne pas avoir peur des mots. Ce sont eux qui ont sauvé Clara. (extrait)

L’auteur s’adresse aux touts petits, tout en dédiant son livre aux adultes. Il les encourage à aller plus loin dans la traduction de l’inhibition ou de l’agressivité chez l’enfant. La poupée qui brillait dans le noir est un long chemin vers la formulation d’un mal être pour une petite fille qui ne parle pas encore, un long chemin vers la dénonciation des abus.

« Car à trois ans, il est tout simplement impossible de trouver les mots… » (Extrait)

Le sujet est traité de telle façon que l’on n’en ressort pas indemne. Ce récit m’a littéralement bouleversée, provoquée un sentiment de dégoût et de révolte parce raconté avec des mots simples, légers mais en même temps lourds de sens.

En refermant le livre, une seule image me vient en tête … L’image d’une petite fille qui rafistole sa poupée comme si elle essayait de se réparer elle-même. Jeanne et Clara se ressemblent, l’une a subit les affres des temps, l’autre a été abîmée par son père. Elle s’en remettra peut-être un jour mais jamais totalement.

2 Comment

  1. Peut-être la chronique la plus importante du blogue.

    Une trop grande omerta occulte ce thème et ce livre contribue à changer cela d’une bonne manière.

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