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Le jour, la nuit, l’inceste – Mathilde Brasilier

J’aurais voulu écrire un roman où il n’y eût pas de coupable. (Extrait)

Paris, Quartier Saint Germain des Prés, Années 60, milieu bourgeois. Maud et Fabien âgés respectivement de 5 et 4 ans vivent l’horreur à l’abri des regards. Tout se passe le soir dans l’intimité de leur appartement quand leur père accomplit son rituel macabre.

Par le flot de ses paroles, Maud nous raconte à demi-mots l’horreur de ce qu’elle a vécu, de ce qu’ils ont vécu sans pour autant comprendre. Entre petits moments de bonheurs et de grands moments de malheurs interminables, ils se cramponnent l’un à l’autre, ils survivent aux agissements incestueux de leur père.  

C’était du chloroforme ou de l’éther avec lesquels tu nous endormais, afin qu’on se laisse faire sans crier ? On ne criait pas. (Extrait)

Pourquoi sa mère décide de ne rien voir ?  Pourquoi ce père si adulé à l’extérieur fait figure de monstre dans l’intimité ? Pourquoi ce médecin prescripteur de valium ne dit rien ?

Les prescriptions médicamenteuses de Valium et de Théralène avaient tracé le premier sillon de l’oubli. (Extrait)

Amnésie traumatique, voilà de quoi souffre Maud qui a recherché pendant quinze ans une explication au suicide de son frère. Ce fut l’élément déclencheur. La mort de son père, le couperet final.

Maud nous invite à participer à ses séances d’hypnothérapie chez son psy et nous l’écoutons se dégager peu à peu de ses lourds secrets enfouis. Elle n’a pas conscience des violences subies, comme si son cerveau avait disjoncté, comme une autoprotection inconsciente, comme si la petite fille qu’elle était s’était dissociée de l’adulte en devenir.

Peut-on vraiment se libérer des traumatismes de l’enfance, de ce lourd fardeau véhiculé par l’inceste ? Aujourd’hui les langues se délient portées par toutes les voix qui veulent crier haut et fort ce qu’elles ont subi. L’inceste est la voix du silence. Il suffit qu’une personne ait le courage d’en parler pour que toutes les autres voix s’élèvent.

Beaucoup de témoignages ont été écrits à ce sujet, mais jamais une victime nous a à tel point fait pénétrer au plus profond de son intimité et fait partager sa reconstruction, sa renaissance. 

Aujourd’hui, je me sens libre à l’égard de mon passé et de ce que j’ai perdu. Je me sens vivante, cela seul importe. (Extrait)

Merci à Marisol Buffala des Editions L’Harmattan et Mathilde Brasilier de m’avoir confié ce roman.

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