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L’étau barbare – Michel Thouillot

L’étau barbare ou  l’implacable déroute d’un « printemps arabe »

Michel Thouillot nous fait voyager en Salmyrie à travers ses mots. Dans ce pays faussement imaginaire, se déroule une manifestation pacifiste contre un régime totalitaire. 

A la manière d’un journaliste, il nous fait pénétrer dans les méandres d’un pouvoir qui légitime ses actes sous couvert de sécurité et n’hésite pas à réprimer la rébellion par la répression.  Le point commun de tous les opposants au pouvoir est bien la liberté qu’ils soient animés par une volonté de pure démocratie et ou de pure utopie d’un état islamique.

Il est aussi question de fuite, fuite vers un pays où les libertés ne sont pas bafouées et fuite vers un pays qui a besoin de frères d’armes pour en finir avec la dictature.  Doit-on fuir le pays pour lequel on se bat et continuer la révolution de l’étranger ? Peut-on abandonner ses concitoyens au prix de sa propre tranquillité et celle de ses proches ?

Peut- on renverser un régime par le pacifisme ou doit-on recourir aux armes ? Pour certains, le choix s’impose de lui-même le pouvoir ne se reprendra que via la force militaire pour imposer la charia. 

La religion est bien le personnage principal de ce livre. Et c’est en son nom, que des jeunes sont recrutés via les réseaux sociaux ou après un bref passage en prison pour partir faire la guerre, pour mieux revenir en bombe humaine. On dit que chaque martyr peut sauver 70 musulmans de l’impiété.

Les parents de jeunes djihadistes implorent souvent les gouvernements de leurs pays respectifs de récupérer leurs enfants. Mais doit-on tout mettre en œuvre pour les retrouver ou doit-on s’en débarrasser de peur qu’ils ne reviennent perpétrer un attentat sur notre propre sol ? 

On reproche aux terroristes de ne pas penser aux innocents qu’ils font exploser mais qu’en est-il des puissances étrangères qui bombardent de leur pays des populations entières sans se soucier des victimes ? 

Les journalistes jetés en pâture dans ces pays en guerre, doivent y rentrer illégalement pour enquêter de manière indépendante et ne pas être manipulés par le pouvoir en place.  Mais quand ils reviennent et pour ceux qui reviennent, comment sont-ils accueillis en portant à bout de bras les violences et horreurs auxquelles ils ont assisté ? 

Christophe en vient à se haïr lui-même. Mais il aura au moins participé à l’établissement de l’inventaire macabre que l’avenir brandira au procès des nations avancées…(Extrait)

Comment sont représentées les images sanglantes d’exécution dans l’imaginaire collectif ? Condamne-t-on trop vite des jeunes pris au piège de leur propre choix et qui brandissent fièrement leurs faits d’armes devant leur propre famille horrifiée ?  Pour eux, pas de retour possible.

L’opinion publique préfère rester dans l’ignorance plutôt que de regarder la réalité en face.  Ignorer cette guerre lointaine et sourde venue enlever leurs enfants. Ignorer ces familles entières exterminées comme des rats.Parlons-en des rats, comme dit si justement l’auteur avec la voix de l’un de ses personnages : 

Que faire contre ces éboueurs naturels (rats) du conflit en cours ? Lorsque le pays sera entièrement détruit, leur règne s’y étendra pendant des années … Ces bestioles digèrent tout ce que l’homme abîme et l’homme lui-même. (Extrait)

Dans un livre admirablement documenté, Michel Thouillot exprime la complexité et la dualité de ses personnages. Quatre destins qui vont se croiser, se lier, se séparer et se retrouver une dernière fois. 

De la pointe de sa plume, il dessine le portrait de nos interrogations, bouscule nos idées reçues. A nous de nous faire notre propre opinion sur cette actualité présente en chacun de nous.

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