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Chibanis

En arabe, « chibanis » signifie « cheveux blancs ». Issus du Maghreb, ils sont venus travailler en France pendant les trente glorieuses et ne sont jamais repartis.

On en rencontre souvent au hasard d’une rue. Ils ont tous le même regard triste et digne à la fois et portent en eux les stigmates d’une existence solitaire rythmée exclusivement par le travail. Ils n’ont jamais osé s’imposer dans cette France qu’ils ont construite. Parce qu’ils ne se sont jamais sentis chez eux, ni dans leur pays d’adoption, ni dans leur pays natal.

Longtemps ignorés et rejetés par la société française, ils ont pourtant contribué à sa reconstruction. On les appelle les invisibles ou encore les oubliés pour ceux qui reconnaissent leur existence. J’ai eu la chance de les côtoyer des années auparavant et été émue aux larmes en regardant le documentaire de Rachid Oujdi : « Perdus entre deux rives« .

Toute leur vie durant, ces hommes ont vécu chichement envoyant la quasi-totalité de leur salaire à leur famille. A l’époque, ils étaient assignés à résidence. Ils n’avaient pas les moyens de rejoindre les leurs pendant les vacances et ne remplissaient pas les conditions du regroupement familial. Aujourd’hui encore, ils ne peuvent le faire qu’à la seule condition de rester six mois et un jour en France pour ne pas perdre les bénéfices de leur retraite.

 » Tu as travaillé toute ta vie, tes patrons te déclaraient la moitié et maintenant que tu es vieux, tu n’as pas le droit de repartir au pays quand tu veux. Nous sommes tous assignés à résidence. » (extrait de chibanis) C’est à travers les témoignages et photos recueillis par Olivier Daubard et Philippe Bohelay d’une quinzaine de travailleurs immigrés d’Algérie, qu’est né ce livre et quoi de plus percutant que de l’écrire à la première personne.

Ils n’ont pas choisi au départ d’être là et, comme le dit si justement Luc Jennepin « On est allé les chercher dans les trente glorieuses. On les a triés à l’époque, comme on a fait pour les esclaves. »

Souvent relégués au banc de l’oubli, ils font pourtant partie intégrante de notre histoire. « J’ai cherché dans les livres d’histoire et j’ai trouvé que certaines pages restaient blanches. Ce n’est pas qu’elles aient été effacées, elles n’ont tout simplement pas été écrites. » (Rachid Oujdi, Chibanis, la question)

Pour plus d’infos : Article sur webdoc.france 24 https://webdoc.france24.com/chibanis-france-travailleurs-immigration-maghreb/

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