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Le Domaine de Roche Cattin

Le village de Bully, bâti à trois cent quarante mètres d’altitude, se situe au Sud du Beaujolais. On l’appelle le Village des pierres dorées.

Notre visite débute par un appel téléphonique au Domaine de Roche Cattin. Accueil chaleureux et avenant qui nous incite à poursuivre notre découverte au pays du Beaujolais.

C’est en 1955 que Gabriel Devay, le père de Jean Gabriel, oriente l’exploitation vers la commercialisation directe de son Beaujolais, profitant des touristes traversant le village via la Nationale 7. Il avait compris avec quelques viticulteurs que la consommation du vin changeait et devenait un moment de partage et de plaisir.

Jean Gabriel Devay rejoint l’exploitation de son père en 1987 et poursuit aujourd’hui, avec sa femme Florence, l’aventure des Beaujolais Gabriel Devay & Fils. Au fil des années, le Domaine de Roche Cattin s’est étoffé, les vignes se partageant sur trois terroirs donnant à chacun des vins, sa propre signature.

La rencontre

C’est avec générosité que ce grand monsieur nous fait partager sa passion pour le vin, en commençant par nous faire visiter les vignes attenantes pour certaines à sa maison. 

Attaché à ses terres et à ses valeurs, il nous explique que la vie biologique est active et permet à la vigne de mieux se protéger naturellement, un équilibre naturel se créant entre elle et son environnement. Chaque jour, le vigneron et son épouse observent la vigne et cherchent les meilleures méthodes pour optimiser les défenses naturelles en limitant leurs interventions au strict nécessaire.

Le vigneron doit s’adapter et affronter les défis plutôt que de les subir. Rien n’est jamais acquis, les savoirs évoluent, le climat aussi ; la vigne est une liane et sans son intervention, elle se développerait de façon anarchique et continue. Les arbrisseaux sarmenteux se réveillent à la fin de l’hiver, quand la terre se réchauffe et que le soleil devient plus présent. La sève remonte et perle au bout des branches taillées. On dit que la vigne pleure, c’est un nouveau millésime qui s’annonce. 

Pour croître et produire les raisins, la vigne puise ses ressources dans le sol. La présence d’herbe entre les rangs est opportune dans certaines parcelles afin d’en maîtriser sa vigueur. 

Afin d’éclaircir le cep, Jean Gabriel pratique la pré-taille en se débarrassant des rameaux inutiles. La tonte régulière permet d’aérer les grappes. Quand les baies sont mûres, leur développement est terminé. L’analyse de leur composition permet d’établir leur niveau de maturation et de vendanger au bon moment, à l’automne. 

Jean Gabriel Devay nous parle de son travail avec passion et sait transmettre l’amour de son métier comme si chaque cep, chaque grain de raisin faisait partie de sa famille et qu’il veillait sur chacun d’eux comme sur ses propres enfants. 

L’atelier de création 

Il nous amène tout naturellement dans l’atelier où tous les raisins vendangés vont subir une série de transformations qui peuvent durer de quelques mois à quatre à cinq années. Son travail ne s’arrête pas là, il doit égrener les grappes pour éliminer la rafle qui contient des tanins astringents indésirables. 

Le foulage parfois réalisé simultanément sépare la chair de la peau, c’est cette dernière qui contient les pigments colorés. La cuvaison ou macération du moût varie de quatre à cinq jours pour les vins de table, à trois semaines environ pour les grands crus. Arrivé à ce stade, plusieurs interventions sont possibles. La transformation terminée, il peut alors soutirer la partie liquide du marc.  

Le premier jus s’appelle le « vin de goutte », c’est le meilleur, celui qui fera les grands vins. Le « vin de presse » lui, résulte du pressurage du marc. Il est tannique, rugueux, dense, assemblé ou non selon la qualité souhaitée.

La fermentation apporte au vin des conservateurs naturels. La conservation en cuve précède la mise en bouteille et s’accompagne d’une période de repos pour clarifier le vin et éliminer le tartre et dépôts divers. L’assemblage, étape capitale, permet d’assembler des vins de différents cépages de jeunes et de vieilles vignes, de récoltes différentes. 

La mise en bouteille suit immédiatement pour les vins à boire jeune. Les vins de garde sont conservés en cuve jusqu’à maturité satisfaisante.  

L’antre de la dégustation

Vient alors le moment de la dégustation qui illustre notre visite, comme un passage obligé… Les Beaujolais du Domaine de Roche Cattin se déclinent en rosé, en blanc et bien entendu en rouge avec pour cépage exclusif le Gamay.

Jean Gabriel Devay choisit de nous faire découvrir le rosé « Les Alouettes ». Cette vigne plantée en 1972 est située à proximité de leur exploitation sur un sol argilo-limoneux, profond et riche. L’exposition sud favorise la pousse de la vigne et le mûrissement du fruit.
Les raisins récoltés, sont ensuite triés et pressurés directement afin d’obtenir la couleur gelée de coing et saumonée. Puis, une fermentation alcoolique à faible température s’opère et pendant les frimas de l’hiver, le beaujolais rosé se stabilise naturellement. Dès le verre porté aux lèvres, une odeur de rose et de berlingot nantais se retrouve en bouche avec une petite pointe de fraîcheur.

« Les Vieilles Vignes de Roche Cattin » nous dévoile une robe grenat sombre et profonde. Les tanins se conjuguent avec des parfums de petits fruits noirs compotés et de cuir. Les deux parcelles de Roche Cattin plantées en 1921 et 1957 portent des ceps donnant des grains de petite taille et sans pépins. La macération longue augure une vinification qui n’est plus tout à fait Beaujolaise. Ce vin est élevé en cuve pendant douze mois avant sa mise en bouteille. 

Et enfin « La passion de mon père », vin puissant, à la robe grenat profonde, dense, dévoile un bouquet de myrtille et de réglisse. Ce vin va s’épanouir dix mois…
Nous n’avons pu le déguster mais Jean Gabriel Devay en parle si bien qu’on s’imagine déjà le porter à nos lèvres. 
Il témoigne de toute l’admiration que ce grand monsieur portait à son père qui lui a tout appris et donné les moyens de transmettre une exploitation pérenne et promouvoir une viticulture durable.

Ce vin devait porter le nom de « la gloire de mon père ».

Joseph était devenu magnifique. (Marcel Pagnol)

Comme Marcel Pagnol,  Jean Gabriel Devay parle de son père avec respect et admiration. Ce dernier représente pour lui la figure paternelle dans toute sa splendeur : immuable, pérenne et digne de…

Le vin n’est pas seulement un jus de raisin alcoolisé, il renferme une histoire propre à celui qui le fabrique.

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