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Ce qui nous lie – Cédric Klapisch / Santiago Amigorena

J’ai eu envie de faire le tour du monde, et voilà j’ai fait le tour du monde… (Jean, adulte)

Un homme, sac au dos traverse un domaine viticole d’un pas décidé. Jean revient chez lui en Bourgogne pour rendre visite à son père mourant. Le même qu’il avait fui 10 ans plus tôt, écrasé par son coté autoritaire et intransigeant. Jean n’a pas donné de nouvelles depuis 4 ans et 11 mois. On a beau partir loin, on revient toujours à ses racines.

Juliette, sa soeur, est heureuse de le retrouver. Jérémie, son frère, ne parvient pas à lui pardonner son absence. Après l’hospitalisation de leur père, les plus jeunes de la fratrie ont dû s’organiser tant bien que mal. Et malgré des retrouvailles en demi-teinte, on ressent très vite cet amour fraternel qui les lie.

Le domaine viticole familial est irrémédiablement resté le même comme si le spectre de leur vie d’avant était toujours là. A l’image des bols rangés au même endroit dans la cuisine « Ah ils sont encore là ! » (Jean à Juliette). Rien n’a changé, mais tout doit changer.  

A la mort de leur père, pour la première fois, c’est à eux de décider. Conserver le domaine et perpétuer l’héritage familial ou prendre chacun leur part et abandonner tous leurs souvenirs, tout ce qu’ils ont appris sur le vin, tout ce qui les lie. Ils héritent de beaucoup mais peuvent perdre beaucoup plus.

Malgré un côté protecteur et rassurant, Jean n’est pas parvenu à trouver sa place. En partant pour se retrouver, il s’est perdu. Jean a raté sa vie d’homme comme il a raté son père, il n’a pas compris ou su recevoir l’amour paternel. « L’amour, c’est comme le vin, il faut du temps. Ça doit fermenter. Et ce n’est pas toujours pourri au final. »(Jean)

Juliette tente de s’affirmer dans le milieu viticole, un monde habituellement réservé aux hommes. Avec le soutien de ses frères, elle veut démontrer à tout prix qu’une femme peut aussi faire du vin.  » Papa n’est plus là. C’est toi qui décide.  » (Jean à Juliette)

Jeremie, lui est submergé par ses émotions. Il vit un peu comme son frère auparavant à la différence près qu’il doit supporter une belle famille écrasante et envahissante.  Il veut s’exprimer mais n’y parvient pas toujours.  D’où la scène culte avec son beau père. Il a tant de choses à dire mais les mots ne sortent pas forcément dans le bon ordre. « Si j’ai pas envie de de de..Il faut que vous arrêtiez de croire que.. que… » (Jérémie à son beau-père)

Cédric Kaplisch sème des petites graines d’humour et de tendresse qui deviendront grandes comme la vigne au fil des saisons. A l’image de cet amour fraternel resté intact. D’ailleurs, Jean, Juliette et Jeremie portent les mêmes initiales à leur prénom comme s’ils formaient un tout qui se sent bancal en cas de défaillance de l’un deux.

D’ailleurs, la scène de la paulée constitue la pièce centrale du film. On y perçoit une complicité nulle part ailleurs, surtout au moment où Juliette, victime de perte de consonnes, ne parvient pas à parler à ses frères. Et surtout quand ils essaient d’imaginer les dialogues de leur sœur flirtant avec un vendangeur. C’est simple mais terriblement efficace. La fratrie se retrouve enfin.

Ce film se présente avec des perpétuels allers retours entre le passé et le présent pour mieux comprendre la personnalité de chacun et cet amour pour le vin qui les lie depuis l’enfance. On les voit enfants pour mieux comprendre leurs parcours d’adultes. Surtout, on suit la fabrication du vin et en parallèle, l’évolution de cette fratrie qui apprend à mûrir ensemble, comme le raisin qu’ils cultivent. Boire du vin procure irrémédiablement du lien entre les êtres. En buvant le vin créé par leurs père et grand-père, ils retrouvent un petit bout de chacun d’eux.

Déguster un bon vin demande du temps pour en déceler toutes les subtilités. On y revient encore et encore. Ce qui nous lie nous rassemble grâce aux liens indicibles de cette famille singularisée par la lie de souvenirs communs. Tel un bon alliage de cépages, ce film nous enivre jusqu’à la lie. C’est long en bouche et racé.

Au fond, quand on fait du vin, on met de l’humain dans une bouteille. (Cédric Klapisch)

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